Les débuts de la Cathédrale de Nantes

Localisation du panneau marquant la date de début des travaux

L'AN MIL QVATRE CENT TRENTE QVATRE
A MY AVRIL SANS MOVLT RABATTRE
AV PORTAL DE CESTE EGLISE
FVT LA PREMIERE PIERRE ASSISE

Ce quatrain ornant un simple panneau de bois, fixé au dos des lourdes portes de l'entrée centrale, fait un clin d'oeil discret au visiteur et lui rappelle l'époque ancienne qui a vu sortir de terre le monumental édifice que l'on connaît aujourd'hui.

La cathédrale sous sa forme actuelle prend donc naissance le 14 avril 1434. Il convient toutefois de parler de « nouvelle » cathédrale, puisque sur les lieux mêmes de l'installation se dresse déjà un bâtiment plus ancien, de style roman, lui-même fruit d'une histoire architecturale longue et complexe.

Pourquoi cette date, pourquoi le milieu du XVè siècle? On peut isoler plusieurs facteurs, mais on retiendra d'abord ici le contexte économique favorable, ainsi que la volonté politique des dirigeants qui en furent à l'origine.

Statue de l'évêque de Malestroit

Ces dirigeants, ces seigneurs de la ville et du duché, sont le duc Jean V et l'évêque Jean de Malestroit. Ce dernier, outre son rôle épiscopal (il fut d'abord évêque de St Brieuc, puis de Nantes), fut également élevé à la dignité de Chancelier de Bretagne, et représentait donc pour Jean V une sorte de Premier Ministre doublé d'un ambassadeur. C'était un homme d'une grande influence, sans doute d'une grande intelligence et doté d'un sens politique certain. C'est avant tout son alliance indéfectible avec le duc qui permit de nombreuses réalisations, dont les débuts de la construction qui nous intéresse.

Statue du duc Jean V

Le duc Jean V, de son côté, devait faire face à de lourdes responsabilités. À la tête du duché depuis le début du siècle, il assumait de fait la succession de la dynastie des Montfort, récemment initiée par Jean IV, mais devait cependant ménager beaucoup de partis opposés et faire preuve de grande diplomatie. Le contexte international de la Guerre de Cent Ans qui opposait les royaumes de France et d'Angleterre contraignait la Bretagne à jouer un rôle malaisé de tampon, voire d'enjeu entre les deux grandes puissances. L'opportunisme dont sut faire preuve Jean V en dépit de son appartenance au clan Montfort qui était clairement anglophile, permit en tous cas au duché d'éviter sous son règne les sanglantes conséquences d'un affrontement frontal entre les deux nations étrangères : un risque que les Nantais et les Bretons en général ne connaissaient déjà que trop bien. On trouvera d'ailleurs dans la cathédrale des traces de cette histoire politique mouvementée, en particulier dans les portails (voir page d'explication sur l'accession au pouvoir de Jean V).

Le XVè siècle apparaît donc comme celui de l'apaisement suite à la guerre de succession de Bretagne, celui de la diplomatie, et par suite celui de la prospérité commerciale retrouvée.

Les ingrédients sont réunis : la paix, la richesse issue du commerce, une ville dynamique, et la volonté conjointe de deux hommes qui entendent marquer leur règne par la construction d'un magnifique édifice, d'une oeuvre d'art grandiose et pieuse qui portera la trace de leur sceau commun tout en asseyant leur légitimité.

La Cathédrale de Quimper

Ce principe de mécénat artistique se retrouve ailleurs qu'à Nantes : ainsi, dix ans plus tôt, c'est le même Jean V qui initiait la construction de la façade de la cathédrale de Quimper (là aussi, l'idée était de recouvrir un bâtiment préexistant par une façade neuve). Le fait est d'autant plus remarquable que la période est plutôt à l'accalmie, voire au gel des grands travaux de ce type, du moins dans le royaume de France. On peut penser d'ailleurs que cette situation permit aux chantiers bretons de drainer certains talents d'artistes inoccupés par ailleurs (hypothèse évoquée par J-M Guillouët dans la revue 303 n°70, voir biblio).

Arrivons donc au jour de la pose de la première pierre, en avril 1434 :

« Cette première pierre fut solennellement posée par le duc Jean V lui-même. L'évêque Jean de Malestroit en mit une seconde; d'autres furent scellées par les fils de Jean V, François et Pierre, par le chapitre et par la ville. La Bienheureuse Françoise d'Amboise, encore enfant, assistait à la cérémonie. » (in Russon & Duret, voir biblio).

Mais après les initiateurs du projet, place doit être faite aux architectes. Deux noms sont à mettre en avant sur les cinquante premières années : celui de Guillaume de Dammartin, qui lança le projet, et celui de Mathurin Rodier qui lui succéda et dirigea les travaux pendant près de quarante ans! Sous leur direction, les assises sont posées, les premiers portails s'élèvent : d'abord au sud-ouest avec les portails St Yves et St Paul, puis le portail central et enfin les deux portails St Pierre et Sts Donatien et Rogatien du nord-ouest. Le panneau évoquant la décoration du portail Les années 1480 voient l'issue de ce premier cycle de travaux; la façade est montée. Mathurin Rodier a cédé la place à Jean Lemaître, l'évêque du Chaffault fait poser en 1481 une garniture en bronze pour les portes du portail central (seul le panneau de dédicace subsiste encore aujourd'hui, cliquez sur l'image ci-contre pour plus d'informations) et enfin, « en 1498, la pose du "grand vitrail" qui avait été commandé par la reine Anne marque enfin l'achèvement de la haute nef » (in Images du Patrimoine, voir biblio). La longue histoire de la cathédrale est donc bien entamée en cette fin de XVè siècle. Les étapes suivantes pourront être vues dans l'historique de la construction. (lien à venir)

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